Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Mystère des sargasses : pourquoi les plages antillaises se couvrent-elles d’algues ?

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Depuis plusieurs mois, des amas d’algues brunes s’amoncellent sur les plages antillaises. Les élus demandent un classement en catastrophe naturelle.

Jean Blanchot, chercheur du MIO/IRD , intervient dans cet article du Parisien du 07 juin 2018


C’est une invasion. Une invasion d’algues qui empoisonne au sens propre comme au figuré la vie des Antilles françaises et plus particulièrement les archipels de la Guadeloupe et de la Martinique. Ces algues brunes toxiques, plus connues sous le nom de sargasses, débarquent par vagues successives sur les plages et bords de mer de la région depuis plusieurs semaines. Une situation catastrophique à tout point de vue pour l’économie du tourisme local mais aussi l’écologie.

Les sargasses, qu’est-ce que c’est ?

La sargasse, Sargassum en latin, est un type d’algues brunes. Selon l’hydrographe et météorologiste du XIXe siècle Matthew Fontaine Maury, auteur de « la Géographie physique de la mer », le nom de sargasse vient du mot espagnol sargazo, qui signifie varech. Il décrit la sargasse comme un « varech-nageur » qui forme principalement le « banc immense » de la mer des Sargasses, dans l’Atlantique Nord. Ces algues seraient drainées par les courants circulaires de l’océan.

La mer des Sargasses aurait été observée en 1492 par les équipages de Christophe Colomb. Elle s’étend sur plus de trois millions de kilomètres carrés à l’est de la Floride et des îles des Bermudes.

Mais depuis 2011, les sargasses prolifèrent aussi dans les Caraïbes. Un phénomène qui inquiète scientifiques et élus locaux. Les algues sargasses dégagent du sulfure d’hydrogène en se décomposant. Ce gaz toxique peut provoquer des intoxications aiguës chez l’homme mais est aussi dangereux pour la faune et la flore locale.

Pourquoi les sargasses inquiètent-elles les Antilles ?

Depuis le début de la semaine, les invasions d’algues portées par les courants venus du Sud-Est ont repris de plus belle en Guadeloupe. Plusieurs communes ont subi des échouages exceptionnels. En conséquence, de nombreuses communes ont interdit la baignade sur leurs plages dont certaines emblématiques comme les Salines, sur la commune du Gosier

Selon Guadeloupe Première, à Sainte-Anne, le maire a fermé jusqu’à nouvel ordre une maternelle et une crèche. La décomposition de ces algues engendre un risque sanitaire pour les jeunes enfants, particulièrement vulnérables. Un collège et un lycée ont été fermés pendant quatre jours dans la commune de Petit-Bourg.

En Martinique, une majorité de la côte Atlantique reste sérieusement impactée, du Marigot à Sainte-Anne, de même que le littoral Sud, entre Sainte-Luce et Le Diamant, selon France Antilles. Des « radeaux » de sargasses étaient par ailleurs toujours visibles au large de la côte Caraïbes.

oujours selon les médias locaux, à la Deal (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement), la veille est quotidienne et quasi permanente grâce à « toutes les ressources technologiques existantes ». Son but : faire des prévisions pour déterminer quelles plages précises seront impactées et dresser des points de situation.

Selon Franck Robine, le préfet de Martinique, une centaine de personnes et 35 engins sont mobilisés pour le ramassage quotidien. « Cela a coûté 1,6 million d’euros en mars et avril », précise-t-il. Les communes martiniquaises touchées ont déjà estimé à plus de 1,5 million d’euros les dégâts et coûts divers. Pour le tourisme local, c’est un énorme manque à gagner à l’heure de la saison estivale.

Résultat : ce mercredi, les élus de la Martinique ont demandé un classement en catastrophe naturelle face à l’invasion continue des sargasses. Dans ce contexte tendu, la venue aux Antilles de Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, les 10 et 11 juin prochains, est fortement attendue, avec l’espoir d’annonces pour un plan à long terme.

Comment expliquer cette énigme scientifique ?

« Nous sommes aux balbutiements de la connaissance sur les sargasses. Nous avons besoin de combler les lacunes », explique Jean Blanchot, océanographe tropical au site de la 1ère.. Deux expéditions scientifiques ont été menées en 2017 afin de percer le mystère de ces invasions de sargasses qui durent depuis 2011. « Les algues brunes prolifèrent dans l’océan tropical Atlantique Nord et uniquement là. Avant, nous les connaissions dans la mer des Sargasses. Mais là, elles seraient sorties de la mer des Sargasses pour une raison inconnue », explique ainsi l’océanographe.

Deux hypothèses à la prolifération sont privilégiées par les scientifiques : les transports maritimes de plus en plus fréquents dans la zone caribéenne, et la déforestation de l’Amazonie. « L’action de l’homme sur la planète est de plus en plus importante. Il se déplace sur la mer, franchit la mer des Sargasses avec de gros bateaux, c’est peut-être une hypothèse de la sortie des algues », avance Jean Blanchot. Quant à l’agriculture, elle « se développe dans des milieux où il n’y avait pas d’agriculture autrefois. De ce fait, les grands fleuves comme l’Amazone se chargent en sels nutritifs qui peuvent, une fois arrivés en mer, vraisemblablement être utilisés par les algues », précise ce spécialiste. La reproduction de cette algue qui n’est a priori pas sexuée est aussi au cœur des recherches. Ces radeaux de sargasses pourraient ainsi se former par clonage !

La recherche devrait surtout permettre d’établir des modèles de dispersion des algues à la surface de l’océan. Des modèles prédictifs plus fiables que ceux utilisés actuellement.

Voir en ligne : http://www.leparisien.fr/societe/my...