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Les campus se mettent au vert

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Depuis quelques années, non seulement toutes les filières ouvrent des diplômes en lien avec la transition écologique, mais les universités elles-mêmes s’engagent dans une démarche environnementale.

Dix hectares d’espaces verts, un potager partagé, une aire de compostage, un troupeau de moutons… Derrière les barres en béton et en métal du campus de l’université Paris-Nanterre, flotte comme un air de campagne.

« Au printemps, on a aussi installé quinze ruches sur une butte à côté du Crous et du restau U », se félicite le président Jean-François Balaudé. Un moyen à la fois de favoriser la biodiversité et d’éveiller une conscience écologique dans la communauté universitaire. Ainsi, souligne le chef d’établissement, « les étudiants de licence qui s’engageront à l’année dans les ateliers d’initiation à l’apiculture bénéficieront d’un bonus au diplôme ».
Obligation d’un plan vert

Et si c’était le signe d’un vrai changement de mentalité ? Et si les universités avaient enfin pris le train de la transition écologique ? « Elles n’ont pas vraiment eu le choix, commente Elisabeth Laville, fondatrice de Campus responsables, une initiative lancée en 2006 pour mobiliser les écoles et universités autour du développement durable. Depuis la loi dite “Grenelle 1” du 3 août 2009, elles ont ainsi l’obligation de mettre en œuvre un “plan vert”.

Mais comme il n’y a ni sanction ni pénalité à la clé, chacune le décline à sa sauce. Certaines se contentent de mener des opérations ponctuelles de tri des déchets ou d’inventaire de la biodiversité quand d’autres choisissent de mettre le paquet sur l’immobilier qui représente, en règle générale, le deuxième poste de dépenses après la masse salariale.

C’est le cas notamment de l’université de Bordeaux, qui a inauguré, en 2008, un plan de plus de 500 millions d’euros pour rénover 40 % de son parc d’ici à 2022. Mais ce n’est pas tout. « Nous avons équipé l’ensemble de nos 290 bâtiments de compteurs d’eau, de chauffage et d’électricité à télérelève afin de mettre en œuvre une stratégie de maîtrise énergétique, explique Thierry Decadt, responsable développement et pilotage immobilier. L’an prochain, nous prévoyons de déployer 3 000 m2 de panneaux photovoltaïques sur le site de Talence. »
Faire évoluer les pratiques

Un réseau de chaleur à base d’énergies renouvelables est également dans les tuyaux pour l’ensemble du domaine universitaire girondin. L’objectif à terme est de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre et de 10 % les consommations d’eau. Mais cette performance ne pourra être atteinte qu’en travaillant en même temps sur les comportements et les usages. D’où la multiplication des actions de sensibilisation.

En novembre 2017, un défi a par exemple été lancé aux quelque 8 600 étudiants et membres du personnel du campus de Talence, défi auquel 150 d’entre eux ont répondu, pour les inciter à réduire leur consommation d’énergie. Résultat : 180 mégawatts-heure (soit l’équivalent de 10 000 euros) économisés en cinq mois. Cet argent servira à financer un nouveau lieu de vie avec espaces d’affichage, boîte à livres et collecteurs de tri.

Faire évoluer les pratiques, c’est aussi l’ambition de Fabien Milanovic, sociologue et enseignant-chercheur à Sup’Biotech à Paris. « Lorsque l’on manipule du vivant et que l’on baigne dans les biotechnologies, j’estime que l’on porte une responsabilité vis-à-vis de l’humain comme de l’environnement, argumente-t-il. Dès mon arrivée, en 2014, j’ai donc voulu sensibiliser mes élèves au développement durable. Mais ce n’est pas une stratégie que je pouvais porter seul. Il fallait qu’il y ait une appropriation collective. »

D’une volonté personnelle est né un vrai projet d’établissement avec plusieurs angles d’attaque. « On essaie de mettre en place du tri, de recycler nos appareils informatiques, d’utiliser moins de plastique à la cafétéria », énumère Fabien Milanovic, qui intègre, « dès la première année », le développement durable à ses contenus de formation.

Droit, management, finance, informatique, toutes les filières ouvrent des diplômes spécialisés en lien avec la transition écologique. Dès 2013, l’université de Lorraine a par exemple inauguré le premier master international en informatique et télécoms pour lutter contre le réchauffement climatique. « Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) émet autant de gaz carbonique dans l’atmosphère que le transport aérien et génère une très grosse quantité de déchets du fait de l’obsolescence rapide des matériels », souligne Eric Rondeau, le responsable du master, pour qui « il est donc primordial aujourd’hui de tenir compte de l’empreinte carbone quand on monte un système informatique ».
« Enjeu de réputation »

Une approche qui rencontre un franc succès, notamment chez la gent féminine. « Alors que les formations en informatique sont d’ordinaire très masculines, notre cursus rassemble près de 40 % de femmes », constate Eric Rondeau.

Malgré les efforts accomplis à l’échelle nationale, le compte est cependant encore loin d’y être. D’après la dernière enquête nationale, menée entre octobre et décembre 2016 par le Réseau français des étudiants pour le développement durable, 55 % des élèves de l’enseignement supérieur estiment que leur établissement ne prend pas en compte les problématiques écologiques dans ses formations. Un taux qui grimpe à 64 % quand on leur parle du fonctionnement du campus.

Les écoles ont pourtant tout intérêt à se verdir. « A l’heure où le marché devient de plus en plus concurrentiel, c’est un enjeu de marque, de réputation et d’attractivité très important », insiste Elisabeth Laville. Faut-il rappeler que 80 % des jeunes disent vouloir intégrer la transition écologique dans leur futur métier ?